Alexis vit dans la rue et partage le sort ordinaire des sans-abri : refuges, mendicité, couloirs de métro, soupes populaires. Avant, Alexis travaillait pour une boîte de télémarketing. Voix commerciales contre voix anonymes. Les derniers temps, il en rêvait presque chaque nuit. Il s’endormait sur cette litanie obsédante – il s’endormait mal. On ne l’a pas licencié. Un matin, il a simplement cessé d’aller au travail. Sa compagne a bien tenté de le raisonner. Pendant un an, partagée entre de grands élans de pitié et des accès de rage féroce, elle a usé contre lui toutes les armes de la tendresse et de la colère. Puis elle est partie. Normalement, ce départ aurait dû le bouleverser. Mais peut-être ne l’intéressait-elle déjà plus. Ou bien peut-être ce grand bouleversement a-t-il eu lieu à l’envers, comme tout ce qui lui arrive depuis des mois. Au lieu d’éclater en larmes, en imprécations, en supplications, en regrets ou en repentirs, au lieu d’éclater en quelque chose, Alexis a tout simplement cessé de penser et de sentir.| Août 2008 | ||||||||||
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